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2007 - 2009 : baisse de 30 % des transactions
Entretien avec Philippe Alglave, directeur général de l'agence Square Habitat.
Depuis la crise, est-ce que le marché des résidences secondaires connaît un ralentissement ?
Avec la crise, le marché a eu une réactivité immédiate. Nous sommes dans une période calme, mais pas pour autant déséquilibrée. Il y a eu un réajustement de l'offre et de la demande. Il y a eu une baisse mais pas de chute caractérisée.
Pourquoi ?
Nous vendons moins actuellement mais en face il n'y a pas énormément d'acquéreurs. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une certaine rareté de biens. Dans la vente des résidences secondaires, l'urgence n'existe pas. Les gens qui achètent prennent le temps d'acheter. Pour eux, il n'y a pas de caractère urgent. Ils peuvent décaler leur investissement d'un an. Mais ça ne veut pas dire que les affaires soient glorieuses pour autant.
La baisse est de combien ?
Par rapport à 2008 on se tient. Par contre nous enregistrons une baisse de transactions immobilières sur le littoral de 30 % par rapport à l'année 2007.
Combien avez-vous de biens à proposer actuellement ?
A notre catalogue nous avons environ 250 maisons et appartements en bord de mer à Carnac, La Trinité et Quiberon.
Qu'est-ce qui se vend le mieux ?
Ce qui n'est pas trop cher. Nous vendons bien des appartements et des maisons en dessous de 300 000 €. De 300 000 à 800 000 €, c'est plus difficile. Cependant, les biens au-dessus de cette fourchette de prix sont plus faciles à vendre. Dans ce cas les gens trouvent vraiment ce qu'ils recherchent. C'est la résidence très rare et est bien située.
Extrait : Dominique Emeraud, Ouest-France
Analyse
Vous cherchez une maison de 130 m2 avec un jardin de 500 m2 ?
À Auray, vous trouverez des annonces immobilières qui présentent cette maison à un prix de 270 000 €. Pour la même maison en surface, peut-être en moins bon état, mais située à La Trinité, la proposition de vente atteint 580 000 €.
Malgré la baisse spectaculaire du marché, des données ne changent pas. Sur le pays d'Auray, il faut d'abord se garder de comparer les biens des communes littorales et des communes de l'intérieur, proches d'Auray.
Ainsi, il est très difficile de donner un prix moyen sur le secteur de la presqu'île de Quiberon ou sur les îles. Il y a eu très peu de vente sur ce secteur depuis un an. Et la disparité entre les biens est bien trop grande pour pouvoir les comparer. Une ou deux maisons vendues à plus d'un million d'euros faussent la moyenne sur une commune.
Ainsi que le disent les notaires, le marché des résidences secondaires a subi un coup d'arrêt brutal de septembre 2008 à mai 2009. À Carnac, cette baisse a été aussi fortement ressentie.
En plein cœur de la crise, un an après le krack boursier et l'éclatement de la bulle immobilière, il serait malvenu de jouer les devins. Mais il reste des tendances et des observations que les professionnels, notaires, agents immobiliers, constructeurs, bailleurs immobiliers peuvent donner.
Encore une chose donc : les prix que nous commentons sont indicatifs. « La seule vérité du marché, c'est le chèque » dit le notaire lors de la vente d'un bien. La prudence s'impose, même si d'aucuns pensent que le moment est bien choisi pour investir. La reprise économique ? Pour le moment, les indicateurs économiques dans le sud Morbihan - crise ostréicole, activité économique et touristique à la baisse - ne permettent pas de parler d'embellie.
Christian Gouerou, Ouest-France
Faut-il déprimer ou croire à la reprise ?
Le marché immobilier dans le pays d'Auray
Les notaires ont l'avantage de jouer à domicile diraient les amateurs de sports. Les prix du marché, ils les connaissent. Dans le bureau du tabellion, on signe l'acte de vente. On échange les clefs. On se congratule. Soupirs de part et d'autre. C'est une bonne affaire disent les deux parties.
Pour autant, les notaires restent circonspects. « Il est très difficile de donner des chiffres » assure Jean Dugor, notaire à Auray. « Il n'y a pas de règle générale.
• Que comparons-nous ?
Le prix du m2 d'appartement n'est pas celui d'une maison. Le littoral n'est pas Auray. Une propriété exceptionnelle ne représente pas le marché. »
Reste que le notaire peut commenter le marché.
« Nous mesurons aujourd'hui la baisse brutale en volume et en prix » glisse Jean Dugor. « Sur le marché de la maison individuelle, nous avons parfois vu une baisse de 30 %. » Mais s'empresse-t-il d'ajouter, cette baisse reste relative au regard de la hausse de l'immobilier de 2000 à 2007. « Des terrains à bâtir ont pu prendre 110 % avant 2007. Les gens ne gardent à l'esprit que le prix de leur bien en 2007. »
Le marché sinistré des résidences secondaires
• Le notaire invite à la prudence.
« Depuis le mois de juin nous avons un peu plus de volume de transactions. Mais par exemple, pour le marché de la résidence secondaire, comment analyser la baisse du marché des résidences secondaires alors qu'il a été totalement sinistré ? Ici, entre septembre 2008 et mai 2009, ce marché s'est quasiment arrêté. »
Alors tirer des plans sur la comète à partir de prix de ventes d'annonces immobilières, Jean Dugor s'y refuse. « L'offre, c'est l'espérance. Il faut mesurer ce qui s'est passé. Ce n'est pas une baisse de 2 % ou 3 % du marché, mais parfois de 30 %. »
• Alors acheter aujourd'hui ou attendre ?
Le notaire fait dans la réponse de Normand. Les primo accédants peuvent aujourd'hui trouver des biens moins chers, en deçà de 200 000 €. « Et revenir à des prêts plus raisonnables à 15 ans ou 20 ans et non plus des emprunts de plus de 200 000 € sur une durée de 25 ans. » Tout de suite, il contrebalance : « Le risque, c'est que l'économie ne parte en déflation. Est-ce que le prix de la maison remboursera l'emprunt ? »
Correction à la baisse en 2010
Pas question que le notaire reprenne à son compte le discours qui annonce chaque jour la reprise de l'économie. « Je ne tiens pas un discours pessimiste, mais je ne veux pas tenir un discours béat. Sur quels critères économiques objectifs peut-on dire que cela va mieux ? L'activité baisse. Le tourisme ne va pas bien. L'ostréiculture est en crise. À côté de tout cela, l'immobilier ne peut pas faire une bulle. Il y aura encore un peu de correction à la baisse en 2010. »
Il reste que la demande de logements existera toujours. Après plusieurs années de prix délirants qui ne correspondaient plus à la réalité économique et au pouvoir d'achat des ménages, le marché s'est inversé : d'un marché vendeur, nous vivons aujourd'hui un marché acquéreur.